LE DOUBLE « RIEN » DE LA MINISTRE
« Horrifiée »
Il y a des mots qui, prononcés à un moment particulier, révèlent une vision du monde. Le 26 juin dernier, en pleine canicule historique, la ministre de l’Écologie quitte son bureau probablement climatisé du boulevard Saint-Germain. Direction le centre de Paris, à bord de sa voiture de fonction, sans doute climatisée, elle aussi. La ministre, c’est Monique Barbut. Celle qui se dit « horrifiée ». Horrifiée ? En ces journées où la chaleur écrase le pays, les raisons de l’être ne manquent pas. Horrifiée, comme vous et moi, par la multiplication des noyades ? Par les services d’urgence saturés ? Par les chambres funéraires et les crématoriums déjà sous tension ? Par ces enfants qui meurent, oubliés dans une voiture transformée en fournaise ? Non. Ce qui horrifie la ministre, c’est … la climatisation. Écoutons-la : « Je suis horrifiée par les gens qui me disent : « Il n’y a qu’à mettre la clim partout. » Très bien, on va mettre la clim partout. Vous croyez que ça va éviter un feu de forêt ? (…), la mort des animaux ? Vous croyez que ça va éviter quoi ?… Rien ! Rien ! »
Non, ce n’est pas « rien »
Ce double « rien » en dit long. Personne n’a jamais prétendu que la climatisation empêcherait les forêts de brûler ou les animaux de mourir. Mais elle n’en est pas la cause non plus. Alors pourquoi tout mélanger ? Pour Mme Barbut, développer la climatisation « n’éviterait rien ». Ces mots sont choquants. La climatisation d’un bloc opératoire où un chirurgien tente de sauver votre enfant, ce n’est pas « rien ». Celle d’un EHPAD où vivent vos parents ou vos grands-parents, ce n’est pas « rien ». Celle du logement d’une personne âgée, isolée, fragile, ce n’est pas « rien ». Se soucier des animaux est une nécessité. Penser d’abord aux hommes, aux femmes et aux enfants ne le serait pas moins. Personne ne prétend que la climatisation règlera à elle seule tous les problèmes liés au changement climatique. Mais chacun reste libre de choisir les moyens qui lui paraissent les plus adaptés pour protéger sa santé. Le véritable problème est ailleurs : trop de personnes qui auraient besoin d’être équipées n’en ont pas les moyens. Et les écoles, les hôpitaux ou les EHPAD attendent toujours les investissements promis. À quoi aura servi la quarantaine de milliards d’euros de la journée de solidarité si, plus de vingt ans après la catastrophe de 2003, des patients continuent de suffoquer dans des chambres d’hôpital, des personnes âgées dans des établissements insuffisamment équipés et des élèves dans des salles de classe transformées en étuves ? Voilà ce qui devrait horrifier une ministre de la République.
Confusion ministérielle
Interpelée par des journalistes visiblement surpris, Mme Barbut a finalement ajouté : « Il faut forcément que les gens ne suffoquent pas ». C’est heureux. Mais cette compassion tardive ne fait pas oublier son « rien » péremptoire. Elle est même allée plus loin en affirmant que la climatisation « ce n’est pas de l’adaptation au changement climatique ». C’est pourtant précisément ce qu’est l’adaptation au changement climatique. La ministre semble confondre deux notions pourtant distinctes : lutter contre le réchauffement climatique et s’adapter à ses conséquences. La première est un impératif de long terme. La seconde est une nécessité immédiate. Et, qu’on le veuille ou non, la climatisation constitue aujourd’hui l’un des moyens concrets de protéger des vies lorsque les températures deviennent extrêmes.
Les deux écologies
Depuis près d’un demi-siècle, je défends une écologie humaniste, concrète et positive. Une écologie qui accompagne plutôt qu’elle ne culpabilise : convaincre avant d’interdire, comprendre avant de condamner. Or, je vois s’imposer progressivement une autre écologie : punitive, moralisatrice, souvent hostile au progrès technique dès lors qu’il est associé au confort. Et peut-on faire de la lutte contre le réchauffement climatique une priorité absolue tout en combattant pendant des décennies une électricité nucléaire pourtant décarbonée ? Peut-on, le 26 juin à Paris, tenir un discours sur « la qualité de l’air et la pollution à l’ozone » en possédant soi-même un patrimoine de 4,7 millions d’euros comprenant vingt-sept participations financières dans de grandes entreprises, dont … Airbus, le géant de l’aviation ?
Et demain ? Au nom de cette approche écologique pas toujours logique, faudra-t-il renoncer à la climatisation alors que les 40 °C deviennent progressivement la norme dans une partie du pays ? En 2003, la canicule a provoqué près de 15 000 morts. Combien demain ? Combien en 2026 ? Non, ce n’était pas « rien ». Ce n’étaient pas des animaux non plus. C’étaient des êtres humains. Ils méritaient mieux qu’un « Rien ! Rien ! ».
Christian PIALET
Président-Fondateur de l’Interdépartementale Chasse Drôme-Ardèche
Ancien Chargé de mission au cabinet du ministre de l’Environnement
Chevalier dans l’Ordre National du Mérite au titre du ministère de l’Ecologie