Entre racines et respect
Je suis fils d’agriculteurs, petit-fils de cultivateurs — comme on l’inscrivait sur les actes de naissance et de décès dans les années 1800 et 1900 — héritier d’un monde où la terre forge les hommes et où la parole donnée vaut contrat. J’ai grandi dans le respect du travail, de la solidarité, et de ceux qui se lèvent avant l’aube pour nourrir les autres. Ces valeurs, je ne les ai jamais reniées.

Un héritage marqué par la dureté
Mon histoire familiale porte la marque de la rudesse de ce métier. Avant même ma naissance, mon père a dû se résoudre à abandonner son exploitation. Son troupeau de vaches laitières, atteint de tuberculose, a été abattu. Sans ressources, sans indemnisation, sans soutien d’aucune sorte, il a été contraint de quitter la terre qu’il aimait pour aller travailler à l’usine.
Et l’injustice ne s’est pas arrêtée là : trois ans après l’abattage de ses vaches, il payait encore les emprunts contractés pour les acquérir. Trois années à rembourser des animaux qu’on lui avait fait détruire. Trois années à porter ce fardeau en silence. Il n’a jamais protesté ; il a accepté son sort. Il a poursuivi sa route, travaillant et souffrant en silence, avec une dignité qui impose le respect.
Une blessure contemporaine
C’est avec cet héritage-là que je me retrouve aujourd’hui face à une situation qui me blesse profondément. En tant que président d’ACCA, j’ai été insulté, rabaissé, intimidé par certains agriculteurs au sujet des dégâts de sangliers. Des mots durs, des attitudes humiliantes, des comportements qui n’ont rien à voir avec le monde rural que j’ai connu et aimé.
Un refus qui n’est pas une trahison
Je ne peux pas soutenir un corps de métier au sein duquel certains individus m’ont profondément manqué de respect. Je ne peux pas faire abstraction de ce que j’ai vécu, ni feindre l’oubli. Ma solidarité ne peut aller à ceux qui m’ont ainsi rabaissé. Et je ne me plierai pas davantage aux injonctions d’une bien‑pensance qui voudrait dicter ce que je devrais penser, ressentir ou soutenir.
Ma ligne de conduite
J’ai un code d’honneur. Il m’interdit de me laisser piétiner. Il m’interdit aussi de répondre à la haine par la haine. Je ne suis pas une marionnette, et je ne suis pas un monstre. Je suis simplement un homme qui refuse de confondre soutien et soumission.

Je continuerai à défendre ce qui est juste, à dialoguer quand c’est possible, à tendre la main quand elle n’est pas frappée. Mais je ne sacrifierai ni ma dignité ni mes valeurs pour satisfaire ceux qui confondent colère et violence.
On peut aimer profondément une profession sans accepter l’inacceptable. On peut être solidaire sans être servile. Et l’on peut rester fidèle à ses racines tout en refusant d’être enterré sous les insultes.
Sébastien RIOU Président délegué